Un système de management de l’énergie : une contrainte de plus… ou un levier de performance?

Par Caroline Chamberland, M.Sc, MBA

La transition énergétique n’est plus un concept abstrait : elle est bel et bien entamée. La carboneutralité figure désormais parmi les objectifs de nombreux gouvernements, entreprises et citoyens. Toutefois, viser la carboneutralité ne se fait pas du jour au lendemain.  Cette dernière doit être accompagnée d’une utilisation responsable et maîtrisée de l’énergie verte, soit d’une performance énergétique.

Pour les entreprises, la question n’est donc pas si elles doivent agir, mais comment elles peuvent le faire de manière intelligente, structurée et rentable. Comme le dit l’expression, on mange un éléphant une bouchée à la fois. Il faut une stratégie claire, des objectifs réalistes et un plan d’action progressif.

Pour réduire son empreinte carbone, une organisation doit agir sur trois leviers fondamentaux :

  1. La réduction de la consommation d’énergie
  2. L’amélioration de l’efficacité énergétique
  3. La substitution des sources d’énergie

Or, substituer une énergie fossile par de l’hydroélectricité n’a que peu de sens si l’énergie consommée est inutile ou inefficace. Avant de changer la source, encore faut-il maîtriser la consommation. C’est précisément là qu’intervient le système de management de l’énergie (SMÉ), tel que défini par la norme ISO 50001.

L’objectif de cette norme est clair : améliorer durablement la performance énergétique globale des organisations et garantir des résultats mesurables, suivis dans le temps. Cette performance repose à la fois sur la consommation et l’efficacité énergétiques, en s’appuyant sur des indicateurs de performance, des scénarios de référence et un processus rigoureux de suivi et d’amélioration continue.

Pourquoi mettre en place un SMÉ?

Des bénéfices concrets, mesurables… et stratégiques

1. Obtenir un portrait énergétique clair de votre organisation

Dans de nombreuses entreprises, les factures d’énergie sont gérées par le département des finances. Les hausses annuelles de coûts sont souvent assimilées à une réalité inévitable, sans distinction entre augmentation des tarifs et surconsommation réelle.

Cette approche démontre une saine gestion financière, mais pas nécessairement une saine gestion de l’énergie. Les décideurs financiers ne sont pas responsables de l’énergie consommée, mais des coûts générés. Résultat : des pertes potentielles passent inaperçues.

Un SMÉ permet de transformer les factures en outils de pilotage, et non en simples dépenses incompressibles.

2. Définir des objectifs énergétiques SMART et un plan d’action cohérent

Beaucoup d’entreprises entreprennent des initiatives ponctuelles pour réduire leurs coûts énergétiques, sans disposer d’un bilan initial ni d’une vision globale. Il arrive alors qu’un département réduise sa consommation, alors qu’un autre l’augmente à la suite d’un achat d’équipement sans considérer l’aspect énergétique. 

Un SMÉ permet :

  • d’établir des objectifs énergétiques SMART
  • de prioriser les actions ayant le plus fort impact
  • d’éviter les décisions contradictoires entre départements

Dans un contexte où les actions de réduction des émissions de GES sont nombreuses et urgentes, mieux vaut s’attaquer d’abord à ce qui compte vraiment.

3. Réduire concrètement les émissions de GES

En réduisant la consommation globale d’énergie, une entreprise diminue mécaniquement ses émissions de GES. La réduction des combustibles fossiles a un impact direct sur le climat.

Mais même dans un contexte d’électricité majoritairement renouvelable, économiser l’énergie demeure crucial. Chaque électron « vert » économisé peut être utilisé ailleurs pour soutenir la décarbonation d’autres entreprises, au Québec ou à l’international.

4. Générer des économies récurrentes et prévisibles

L’efficacité énergétique se traduit directement par une réduction des factures. Et surtout, ces économies ne sont pas ponctuelles : elles se répètent année après année, parfois pendant des décennies.

À cela s’ajoute une réalité incontournable : les coûts de l’énergie sont appelés à augmenter. Dans ce contexte, les investissements réalisés aujourd’hui offriront des retours sur investissement encore plus intéressants demain. Il est également plausible que les tarifs pour les entreprises augmentent plus rapidement que pour le secteur résidentiel, dans un contexte d’investissements massifs en infrastructures chez Hydro-Québec et d’une volonté gouvernementale de peu toucher aux tarifs résidentiels.

5. Améliorer l’efficacité et la productivité de l’entreprise

Mettre en place un SMÉ, c’est apprendre à produire autant – voire plus – avec moins d’énergie.

Certaines entreprises sont déjà limitées dans leur capacité de production par les blocs d’énergie accordés par Hydro-Québec. En améliorant leur performance énergétique, elles peuvent dégager une marge énergétique leur permettant d’augmenter leur production sans nouvelle alimentation.

Produire mieux, pas seulement plus : cela s’inscrit parfaitement dans la vision actuelle des gouvernements axée sur la hausse de la productivité et de l’efficacité des entreprises.

Comment est structuré un système de management de l’énergie?

La norme ISO 50001 repose sur la structure bien connue du Planifier-Faire-Vérifier-Agir (PDCA en anglais), commune aux autres normes ISO comme ISO 9001 ou ISO 14001.

Planifier

Cette phase débute par l’analyse du contexte de l’organisation, élément central pour une norme applicable autant à un commerce de proximité qu’à une industrie lourde ou une entreprise virtuelle. Le leadership de la direction, la politique énergétique et la planification des actions nécessaires à l’atteinte de la performance énergétique sont déterminants.

Faire

Le système doit être doté de ressources adéquates et intégré aux processus d’affaires. L’énergie n’est pas la responsabilité d’une seule personne : tous les employés, à leur niveau, contribuent à la performance énergétique.

Vérifier et Agir

L’organisation évalue la performance de son système, mesure l’atteinte de ses objectifs et met en place des actions correctives en cas d’écart. C’est ce cycle d’amélioration continue qui garantit des résultats durables.

Les entreprises dont le système de gestion est déjà certifié à une norme ISO, comme ISO 9001, bénéficient d’un avantage considérable : audits internes, revues de direction et processus peuvent être mutualisés, simplifiant grandement la mise en œuvre d’un SMÉ.

Un véritable levier

Mettre en place un système de management de l’énergie n’est pas une contrainte, mais une opportunité stratégique. Il permet de réduire les coûts, les émissions et d’améliorer la performance globale. Dans un contexte où les prix de l’énergie augmentent et où la carboneutralité devient incontournable, attendre ne fait qu’accroître les risques et les coûts futurs. Agir maintenant, c’est transformer une obligation en avantage compétitif durable.  Alors, pourquoi attendre?

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