par Caroline Chamberland, M.Sc., MBA
Lorsqu’une entreprise affiche fièrement sa certification ISO 14001, peut-on réellement conclure qu’elle est engagée envers l’environnement? Ou s’agit-il d’un vernis vert, une stratégie d’écoblanchiment bien ficelée?
À première vue, une certification semble être un gage de sérieux. En effet, la norme ISO 14001 repose sur des audits externes, menés par des organismes indépendants, qui vérifient la conformité aux exigences environnementales. Cela devrait, en théorie, limiter les pratiques d’écoblanchiment. Mais qu’en est-il dans la pratique?
Qu’est-ce que l’écoblanchiment?
Selon la Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue française, l’écoblanchiment est défini comme :
Opération de relations publiques menée par une organisation, une entreprise pour masquer ses activités polluantes et tenter de présenter un caractère écoresponsable.
Cette définition met en lumière l’importance de la transparence et de la cohérence entre les actions réelles d’une entreprise et l’image qu’elle projette. Une certification environnementale peut-elle parfois servir à embellir cette image, sans refléter un véritable engagement?
Comprendre les fondements de la norme
La certification ISO 14001 vise trois grands objectifs :
- La protection de l’environnement
- Le respect des obligations de conformité
- L’amélioration continue
Ces objectifs doivent être intégrés dans la politique environnementale de l’entreprise et appliqués à l’ensemble de ses activités… ou du moins, à celles incluses dans le périmètre de certification.
Le périmètre : un levier d’ambiguïté
Une entreprise peut choisir de certifier uniquement une partie de ses opérations. Par exemple, une entreprise spécialisée à 80 % en excavation et à 20 % en déneigement peut limiter sa certification à ses activités de déneigement. Résultat : elle peut afficher le logo ISO 14001 tout en excluant ses activités les plus polluantes. Le consommateur ou le partenaire d’affaires, mal informé, pourrait croire que l’ensemble de l’entreprise est certifié. Est-ce une forme d’écoblanchiment?
Le même raisonnement s’applique à une entreprise pétrolière. Elle peut certifier ses installations de production pour leur gestion des gaz à effet de serre (GES), tout en continuant à produire du pétrole dont l’usage final génère des émissions massives. La certification couvre-t-elle l’impact global ou seulement une portion bien choisie?
Conformité : une notion relative
Respecter les lois et règlements semble être une évidence. Pourtant, certaines entreprises ignorent les obligations environnementales spécifiques à leur secteur. La certification ISO 14001 les oblige à les identifier et à s’y conformer. Cela peut éviter des situations où, par manque de connaissance, une entreprise pollue sans intention malveillante.
Mais la conformité n’est peut-être pas la même pour toutes les entreprises québécoises. Prenons le cas de la Fonderie Horne, qui ne respecte pas les normes québécoises de rejets atmosphériques, mais qui est tout de même certifiée ISO 14001 grâce à une entente spéciale avec le gouvernement. Est-ce que cela induit en erreur?
Et que dire des entreprises étrangères, opérant dans des pays où les normes environnementales sont moins strictes? Elles peuvent être certifiées ISO 14001 tout en rejetant des quantités de polluants qui seraient interdites ici. Le consommateur québécois peut-il vraiment comparer ces certifications sur un pied d’égalité?
L’amélioration continue : mais à quel rythme?
La norme exige que les entreprises s’améliorent continuellement. Mais elle ne fixe ni les cibles ni les domaines d’amélioration. Une entreprise peut viser une réduction de 1 % de sa consommation d’eau, tandis qu’une autre vise 55 %. Les deux sont certifiées. Est-ce que l’une est moins engagée que l’autre? Pas nécessairement. Il faut considérer l’ensemble des objectifs et le contexte initial.
Il faut regarder l’ensemble des objectifs. Cette entreprise qui réduit de 1 % sa consommation d’eau pourrait aussi viser une réduction de 45 % de ses émissions de gaz à effet de serre (GES). À l’inverse, elle pourrait aussi avoir comme objectif une réduction de seulement 0,5 % de ses GES. Dans les deux cas, elle respecte les exigences de la norme, qui valorise le processus d’amélioration, mais ne juge pas l’ambition des cibles.
Cela soulève une question importante : une certification qui ne tient pas compte du niveau d’ambition peut-elle vraiment refléter l’engagement environnemental d’une entreprise? Et si les objectifs sont modestes, voire symboliques, est-ce donc considéré comme une forme d’écoblanchiment?
Transparence : un enjeu crucial
La norme exige que les communications soient cohérentes et fiables. Mais si une entreprise omet volontairement de préciser l’étendue de son engagement, cela peut induire en erreur. Selon la définition de l’écoblanchiment de la Vitrine linguistique du Québec, il s’agit d’une Opération de relations publiques menée par une organisation pour masquer ses activités polluantes et tenter de présenter un caractère écoresponsable. La frontière entre omission et manipulation devient alors floue.
Conclusion
Bien que les exigences liées à la protection de l’environnement, au respect des obligations et à l’amélioration continue soient bien définies dans la norme ISO 14001, tout n’est pas NOIR ou VERT. Il existe de nombreuses nuances dans son application, notamment en raison de la diversité des entreprises qui peuvent être certifiées.
Pour les acheteurs, les directeurs des achats, les membres de comités de direction ou les consommateurs, il est essentiel de ne pas s’arrêter au logo ISO 14001. Il faut aller plus loin : vérifier la portée de la certification, poser des questions sur les objectifs environnementaux, et s’assurer que les produits ou services recherchés sont bien couverts. Cela est d’autant plus important lorsqu’on envisage une relation d’affaires à long terme.
Alors, une entreprise certifiée ISO 14001 est-elle nécessairement plus engagée qu’une entreprise non certifiée? Pas toujours. La certification peut être un bon point de départ, mais elle ne suffit pas à elle seule pour juger de la profondeur de l’engagement environnemental.
Pour poursuivre votre réflexion sur ce sujet, nous vous proposons aussi de lire les textes suivants :
https://www.accademia.com/fr/comment-definir-son-domaine-dapplication/
https://www.accademia.com/fr/la-norme-iso-14001-pourquoi-obtenir-la-certification/